• Avons-nous besoin d’unité ou de rupture ?

     Libres paroles" accueille des articles sous la responsabilité de leurs auteurs, qu'il soient ou non membres d'Ensemble, et qui ne reflètent pas nécessairement le point de vue du collectif Ensemble ! Le Havre. Ils peuvent concerner aussi bien des billets d'humeur que des entretiens, des signalements, des liens vers un article intéressant ou vers des études.

     

    L’abstention, attendue et constatée au 1er tour des départementales et régionales (66,7%), n’a fait que confirmer une tendance lourde depuis les dernières législatives (taux d’abstention de 51,3 %, alors que lors de la présidentielle il n’était que de 25,44%) et les municipales (55,25%),  pour le 1er tour et pour l'ensemble de la France. 

    Face à cette profonde crise démocratique, que plus personne ne nie, de nombreux appels à « l’unité » circulent, comme « Unité et alternative pour 2022 ».

    Unité, certes, mais autour de quoi ? Le texte de l’appel énumère un certain nombre de propositions en réponses aux urgences sociales, écologiques, démocratiques. On ne peut qu’être d’accord avec ces orientations.

    En revanche, aucun mot n’est dit sur les conditions qui rendraient possibles l’application d’un tel programme, et c’est bien là où le bât blesse. Il impliquerait un Etat en mesure d’investir massivement pour le bien public (et donc d’entrer en contradiction avec les engagements européens de la France) et par ailleurs capable de résister aux manœuvres des marchés financiers par principe hostiles à tout gouvernement qui tenterait de faire passer les intérêts des peuples avant les leurs.

    Une déclinaison locale de cet appel contient bien quelques propositions que l’on  pourrait qualifier « d’anti-capitalistes », mais qui sont traitées avec une telle désinvolture que l’ensemble du texte garde une allure de catalogue de bonnes intentions : « Socialiser une partie des fortunes amassées du fait des politiques néolibérales ».  Oui, on s’y prend comment ???

    Taxer les grandes entreprises ? Il faudrait peut-être d’abord s’interroger sur les méthodes des grands groupes capitalistes pour échapper à l’impôt. Et savoir comment on répond à la question des paradis fiscaux. Pas simple, parce que les multinationales ont la capacité de tout transférer en dehors d’un Etat qui les contraindrait un peu trop.

    « Promouvoir une écologie de rupture avec les politiques néolibérales, climaticides, écocides et de captation des ressources. »

    Entrer en rupture avec les politiques néolibérales, cela veut dire révoquer nombre de traités internationaux, ceux de l’Union européenne, ceux de l’OMC, et tous les accords-bilatéraux passés sans que les peuples n’en aient été correctement informés. Les dispositions de ces traités sont contradictoires avec une politique sociale et protectrice de l’environnement ; ils donnent même aux intérêts privés la possibilité d’attaquer des Etats dont les décisions menaceraient leur quête de profit sans entraves devant des tribunaux tout aussi privés.

    Ce n’est pas qu’il faille baisser les bras devant ces obstacles majeurs placés sur notre route. Le « libéralisme » (ou néo-libéralisme) est une offensive de classe visant à permettre au capitalisme de contourner tous les droits protecteurs qui s’étaient édifiés progressivement depuis le XIXème siècle. Cette offensive est toujours en cours.

     Mais il ne suffit pas de dire « nous allons rompre » pour que la question soit résolue. Ce sont des chantiers à ouvrir. Il faut d’abord prendre conscience de l’ampleur du problème et du rapport des forces en présence. Dans leur état actuel, un gouvernement souhaitant mener une politique de reconquête devrait exploiter toutes les marges de manœuvre possibles (elles existent !) et s’interroger sur les façons d’ouvrir des brèches ; porter un langage de vérité, réaliste et mobilisateur auprès des populations ; chercher des alliances au niveau international pour changer la donne…

    Mais, « pour s’en sortir », préconiser l’union de partis qui ne sont jamais posés ce type de question, adeptes du « capitalisme vert » -le capitalisme, même repeint en vert, reste toujours une offensive de classe – c’est carrément tourner le dos au travail de reconquête citoyenne dont il reste toujours à poser les bases.

    Depuis plus de quarante ans, ce qu’on a appelé la « gauche de gouvernement » a tenté de mener des politiques sociales dans un cadre qui ne les permettaient pas. Elle ne s’est pas attaquée au cadre contraignant défini par le libéralisme et a fini par en intérioriser les règles et les reprendre à son compte. En alternance avec la droite, elle a privatisé à tour de bras, détricoté le droit du travail, signé tous les traités libre-échangistes… Elle a fait plus que de se plier à des règles du jeu en contradiction avec ses principes d’origine : elle les a légitimées et posées comme un horizon indépassable.

    Elle s’est usée auprès de son électorat au point que le mot même de gauche ne veut plus rien dire auprès des couches populaires. En entonnant à son tour le credo libéral, elle a contribué à une perte de culture politique pour ces fractions de la population. L’abstention électorale est le symptôme de la destruction des repères, et de la présence d’un fatalisme qui fait ne plus rien attendre de l’action collective. Il reste le repli sur ses réseaux et la débrouille individuelle. La fracture est beaucoup plus profonde qu’on a voulu le croire.    

     L’abstention n’est pas liée à la division entre partis politiques. L’union de partis politiques qui sont rejetés en bloc ne décidera aucun abstentionniste à reprendre le chemin des urnes.

    Le RN, même s’il est actuellement touché par la vague abstentionniste, a gagné une implantation dans ces mêmes milieux qui s’est nourrie de la trahison idéologique de la « gauche de gouvernement ». Il n’a jamais cherché l’unité : il s’est toujours posé en parti de la rupture et se contente avec satisfaction de voir tous les autres courir après ses thèmes.

    Ne laissons pas aux idées nauséabondes le terrain de la rupture avec l’ordre existant. 

    Evelyne Barq

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  • Commentaires

    1
    annie chicot
    Lundi 28 Juin à 07:39

    Bonjour,


    Tu as raison et ce travail  sur l'unité est assez récent, malgré nos souhaits plus anciens, alors creusons et diffusons nos idées pour proposer à nos partenaires des conceptions nouvelles ( pour eux) de ruptures de façon à envisager un "autre monde". Oui un autre monde est possible.


     


    annie

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