• Des hôpitaux publics et de notre santé

     

    Des hôpitaux publics et de notre santéLe 15 juin dernier, une mobilisation syndicale unitaire a eu lieu dans le secteur de la santé.

    Les salariés revendiquent l’équité de traitement dans les mesures salariales, une revalorisation des rémunérations, le recrutement immédiat de centaines de milliers de professionnels supplémentaires.

    Les syndicats exigent l’ouverture de négociations sur l’avenir de l’hôpital public et des établissements de santé : arrêt des fermetures, augmentation du budget consacré à l’hôpital et l’égalité d’accès, d’accueil et de prise en charge de qualité pour la population sur tout le territoire.

    La situation actuelle est le résultat d’un processus de marchandisation des activités de santé qui a débuté au début des années 1980. Jean de Kervasdoué, ancien directeur des hôpitaux de 1983 à 1986 (donc sous gouvernement socialiste), instaure le budget global pour l’hôpital et introduit le « Programme de médicalisation des systèmes d’information » qui prépare la tarification à l’acte.

     

    Selon Jean de Kervasdoué : « Même si le mot « marketing » est encore un tabou du fait de sa connotation agressive — on cherche à vendre —, c’est bien de cela dont il s’agit ici. »[1].

    De réformes en réformes, les modes de gestion posée à l’hôpital public tentent à l’aligner totalement sur le privé. À cette différence près que le privé peut privilégier les activités rentables et sélectionner ses clients via les dépassements d’honoraires, tandis que l’hôpital public accueille tous les patients et prend en charge les pathologies chroniques, peu prisées par le privé.

    La tarification à l’acte (T2A) est l’instrument majeur de cette opération de marchandisation de la santé. Selon un ancien conseiller au ministère de la santé[2] : « la bonne gouvernance des hôpitaux passe plus ou moins directement par leur privatisation ou, à tout le moins, par l’application des règles et de la culture du secteur privé et le développement de partenariats public-privé ». Le moyen consiste en « l’application d’un système de tarification à la pathologie ou à l’activité plaçant en situation réelle de concurrence, prestataires publics et prestataires privés » et les hôpitaux publics pour survivre «doivent alors adopter les mêmes règles du jeu que le secteur privé »[3].

    Le budget alloué à l’hôpital public est systématiquement inférieur aux dépenses minimales nécessaires à son bon fonctionnement. D’où l’absence d’entretien des locaux, le sous-équipement, la suppression de personnel et de lits, la fermeture de services et d’établissements.

    Immense gaspillage pour la santé publique ! Surcoût pour la sécurité sociale car la T2A induit une multiplication des actes, pas toujours utiles, surcoût pour les citoyens qui doivent s’acquitter de dépassements d’honoraires (ou renoncer aux soins).

    NE NOUS LAISSONS PAS FAIRE !

    - Soutien des usagers aux actions des personnels de santé, parfois en butte à la répression, comme par exemple à l’hôpital psychiatrique du Rouvray :

    « En Mars 2020, au moment où la pandémie de Covid-19 connaissait sa première vague, la direction de l'hôpital psychiatrique du Rouvray diffusait un document à destination des personnels soignant.es de l'établissement leur demandant de faire sécher leurs masques pour pouvoir les réutiliser plusieurs fois ! Cette note interne mettant à nu la misère de l'hôpital public et révélatrice du mépris avec lequel les autorités sanitaires traitent les patients et les soignants avait provoqué un tollé général. Trois ans après la lutte emblématique menée au Rouvray contre la suppression des emplois et les coupes budgétaires dans la psychiatrie, c 'était bien normal que s'expriment haut et fort la colère et le dégoût de plusieurs salarié.es de l'établissement.

    Parmi celles et ceux qui s'étaient exprimés ouvertement contre cette note criminelle, deux agents avaient particulièrement réprimé, en subissant des conseils de discipline aboutissant à des exclusions temporaires. Nous nous étions alors déjà mobilisés pour soutenir ces salariés. Aujourd'hui, plus d'un an après ces faits, ces deux salariés et un autre collègue font l'objet d'une plainte au pénal par l'ex directeur de l'établissement qui a quitté ses fonctions il y a quelques mois.

    Ils ont été interrogés par la police pendant trois heures... » (Information du comité de soutien du Rouvray en date du 16 juin 2021.)

     Soutien aux initiatives de nos élus, telles l’intervention de Jean-Paul Lecoq  à propos de la fermeture du laboratoire d’analyse de l’Hôpital Monod et de son transfert à Rouen

    Le collectif  « notre hôpital c’est vous », constituée au printemps 2021, rassemblant des citoyens des soignants et des O.N.G.–dont les collectifs inter hôpitaux et inter urgences–propose un « référendum d’initiative partagée » (RIP) pour construire l’hôpital de demain. Le RIP, timide mesure inscrite dans la constitution depuis 2011, peut-être l’occasion pour que les citoyens se saisissent des politiques de santé et refusent la marchandisation des soins.

    Dernière minute : ce collectif a recueilli les 200 signatures de parlementaires favorables à l’organisation d’une consultation pour replacer le soin et l’humain au cœur du débat. Le texte a été déposé mercredi (7 juillet) devant le Conseil constitutionnel. Ces signatures de parlementaires sont le préalable au lancement d’une grande campagne qui devra recueillir 4,7 millions de signatures d’électeurs et d’électrices pour l’organisation d’une référendum.

     

    A lire également : Faut-il changer le statut de l’hôpital public ? par Anne Gervais & André Grimaldi, 26 mars 2017

    D'AUTRES ARTICLES DE QUAI DU RASSEMBLEMENT SUR LA SANTE : cliquer dans mots-clés ou tags sur le mot santé.

     


    [1] Dans un « Que sais-je ? » sur l’hôpital (Presse universitaire de France, 2004)

    [2] M. Mordelet, ancien directeur d’hôpital et conseiller du ministre de la santé Bruno Durieux (1990-1991)

    [3] Patrick Mordelet, Gouvernance de l’hôpital et crise des systèmes de santé, École des hautes études en santé publique, Paris, 2006

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  • Commentaires

    3
    gilles
    Samedi 10 Juillet à 07:17

    Le recueil des 4,7 millions de signatures devrait être plus facile que lors de la campagne pour un référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP) car la situation de la santé touche nos concitoyen-ne-s de plus près, alors que pour beaucoup, ADP ne signifiait pas grand chose.

    Il n'empêche qu'il faudra œuvrer et communiquer pendant de longs mois.

    2
    Vendredi 9 Juillet à 18:44

    [On a signalé à QdR]

    JUILLET 2021 LUTTES AU CHU DE ROUEN 

    infos lutte n° 7 cgt 76 spécial santé juillet 2021

    1
    Mel Amar
    Vendredi 9 Juillet à 11:12
    L'hôpital Monod a bien besoin d'être défendu. Et la logistique des ambulances et urgences sur tout le territoire desservi. Trop de patients sont renvoyés vers l'hôpital privé de l'estuaire HPE.
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