• "Plus jamais ça !" : des propositions pour y parvenir

    "Plus jamais ça !" : des propositions pour y parvenirNous avions relaté, dans un article précédent, l'initiative de syndicats et d’associations qui ont écrit une lettre ouverte au ministre de l’Économie et des Finances en vue de l’adoption de mesures contraignantes à l’égard des grandes entreprises qui continuent à verser des dividendes à leurs actionnaires.

    Ce courrier ouvrait une perspective pour ne pas répéter les mêmes erreurs qu’en 2008, mais pour au contraire s’orienter vers un changement de modèle qui réponde aux grands défis de l’heure, ceux du climat et des inégalités.

    Cette dynamique se poursuit. Ce premier groupe de signataires s’est renforcé et a publié une tribune « Pour que le jour d’après soit en rupture avec le désordre néolibéral », proposée ensuite sous forme de pétition « Plus jamais ça ! Construisons ensemble le Jour d’Après ».

    Ce texte propose des mesures d’urgences, d’application immédiate, et des pistes pour construire le monde « d’après ». Il y a une solution de continuité entre l’urgence d’aujourd’hui et les solutions pour demain. La gestion de la crise par le gouvernement est l’exact reflet de sa priorité : sauvegarder les intérêts privés capitalistes au détriment de la population. Les mesures de sauvegarde élémentaires qui s’imposent entrent en contradiction avec la logique actuelle, qui veut remettre au plus vite la machine productive en route et se refuse ou rechigne - par principe ? - à empiéter sur la propriété capitaliste. La remise en route d’une usine de confection de masques ou de bouteilles d’oxygène ne modifieraient pourtant pas l’ordre du monde. Et en commençant à battre en brèche la logique en face de nous qui nous prive actuellement de l’essentiel, nous remontons aux causes : comment en est-on arrivé là, et que devons-nous faire pour que cela ne se reproduise plus jamais ?

    Nous vous invitons à lire le texte de cet appel en cliquant ici.

     

    CONSTRUIRE LE MONDE DE DEMAIN, NE PAS REFAIRE LES MÊMES ERREURS !

    Le mouvement Ensemble ! soutient cette initiative, qui correspond à la gravité des enjeux actuels, et qui appelle l’ensemble des citoyens à s’impliquer dans la construction du monde de demain :

    « Aujourd’hui, une opportunité historique nous est donnée : Celle d’une remise à plat d’un système injuste, climaticide et sexiste. Celle de réaliser les changements politiques nécessaires, les plus importants de ces dernières décennies. Celle d’un progrès collectif, jamais réalisé depuis des générations, pour un monde juste et durable. Celle de construire un monde « d’après » qui profite à toutes et tous et non plus à une minorité privilégiée, et préserve notre avenir et celui de la planète »

    Et qui donne à tous et à toutes un rendez-vous qu’il ne faut pas manquer :

    « Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre "jour d’après". Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral. »

     

    DES MESURES D'URGENCE :

    Les mesures d’urgences concernent la gestion de l’épidémie et les moyens qui doivent être donnés aux personnels des services de santé, y compris l’annulation de la dette des hôpitaux.

    D’autres exigences portent sur la santé des travailleurs - seules les activités essentielles doivent être maintenues - et sur la sécurisation de tous : interdiction des licenciements durant la crise, maintien des fournitures essentielles, accès au logement, lutte contre les violences familiales.

    Il n’y aura pas de monde « d’après » différent de celui d’aujourd’hui si le mouvement citoyen ne se confronte pas au capitalisme et aux règles du jeu qui fondent son pouvoir.

    L’appel propose de « désarmer la finance » (notamment par le contrôle des capitaux) et propose une autre utilisation des capitaux que la BCE se propose d’injecter dans les circuits financiers, sans leur poser de conditions :

    « La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. »

    Et bien sûr les aides de la BCE doivent être conditionnées par la reconversion sociale et écologique.

     

    FISCALITÉ, RÉORIENTATION DU SYSTÈME PRODUCTIF, PARTAGE DES RICHESSES

    La question de la fiscalité est abordée dans ses dimensions locale et internationale :

    « Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l'évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive. »

    Le texte de l’appel souligne l’opportunité de réorienter l’économie vers d’autres finalités que la course au profit :

    « Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. (…)

    Car l'enjeu n'est pas la relance d'une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleur-euse-s et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes… »

    La dépendance à des pays tiers pour des produits de première nécessité a été cruellement révélée par la crise sanitaire et conduit à évoquer les relocalisations. Celles-ci doivent être conçues dans une visée de transition sociale, écologique, et de solidarité internationale :

    « La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d'enclencher une transition écologique et sociale des activités. (…) La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d'instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. » 

    La concrétisation de ces ambitions suppose un large soutien. Elle requiert aussi que nous sachions tisser des liens à l’international sur des objectifs partagés, à rebours de nos habitudes qui privilégient l’échelon national. Ni les virus ni le capital ne connaissent les frontières !

    Les organisations syndicales et associatives à l’origine de l’appel ont interrogé les forces politiques. Elles souhaitent passer à un partenariat construit et actif, comme en témoigne cette adresse que nous vouinvitons également à lire .  Elle constitue à un renouvellement de nos pratiques démocratiques, dans le fonctionnement des divers mouvements, associations, et implication des citoyens :

    « Ce projet doit être débattu largement dans toute la société. Cela suppose de repenser aussi les formes du débat démocratique et l’articulation entre les mouvements sociaux et les organisations politiques. Des espaces de débat larges, sans exclusivité, doivent pouvoir s’établir entre les mouvements sociaux, les forces progressistes et humanistes et toutes celles et ceux qui sont motivés par ce défi. »

    Ensemble Le Havre ! est prêt à s’inscrire dans cette dynamique.

    Nous souhaiterions que soit ajouté à ce texte un aspect essentiel, pour nous qui sommes engagés dans la lutte contre le racisme et la précarité sous toutes ses formes : c’est la régularisation immédiate de tou-te-s les migrant-e-s qui sont aujourd’hui considérés illégaux sur le sol européen, alors que nul n’est illégal sur Terre, et qu’il est prouvé depuis longtemps que les arguments basés sur « l’appel d’air » sont sans fondements et ne servent que de prétexte à l’expression du racisme le plus vil. Les conditions d’existence des personnes précaires, avec ou sans papiers, les exposent encore plus au virus, à en être malade, et à en être aussi vecteur pour les autres. Voir à ce sujet l'appel à signer, paru dans Médiapart hier.

    Les associations de soutien aux migrant-e-s et/ou réfugié-e-s doivent s’en saisir pour expliquer et enrichir la démarche.

    Par ailleurs, concernant l'interdiction des licenciements pendant la « durée de la crise », cette notion nous paraît imprécise et subjective : nous préférerions « interdiction des licenciements liés aux conséquences de la crise ».

    N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions. Notre avenir est entre nos mains, et il est de la responsabilité de chacun et de chacune d’entre nous d’y apporter sa pierre pour le construire.


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  • Commentaires

    1
    John Barzman
    Vendredi 1er Mai à 18:06

    Déclaration sur Mediapart  "Ensemble, tout est opossible, soyons responsable"

    Parmi les signataires, d'autres havrais et Seinomarins, et non des moindres : Jean-Paul LecoqAlexis VernierStéphane MadelaineAnnie LeroyJean Claude BranchereauJean-Marie FouquerJohn BarzmanFrancis Lecomte, Annie Chicot, René Lemâtre...

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/010520/ensemble-tout-est-possible-soyons-responsables?fbclid=IwAR118D3AwqG-M7zkO5ZonJVDY7PvObntDHWUchb9D-A1tgJyjLUE7uIEcKE

     

     

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    2
    John Barzman
    Dimanche 3 Mai à 20:06

    Déclaration sur Mediapart  "Ensemble, tout est opossible, soyons responsable" - réaction aux commentaires 

    Plein de bonnes idées, d'idées nécessaires.

    Evidemment, beaucoup apparaissaient déjà dans des programmes antérieurs comme celui de la LCR en 2007, ou l'Avenir en commun en 2017. Il faut modestement reconnaître ces contributions à leur juste valeur, mais éviter les batailles de marques déposées et autres brevets d'invention. L'important est que ces idées, anciennes et nouvelles, sont justes et pertinentes aujourd'hui.

    La difficulté maintenant est de simplifier ce texte, de le rendre plus fluide et lisible.

    Pour cela, être clair sur son objectif: créer un pôle de transformation sociale et écologique suffisamment cohérent et dynamique pour peser dans les rassemblements beaucoup plus larges qui ne manqueront pas de surgir au fil des mois, sur des sujets divers, offrant ainsi une alternative de changement autre que celle proposée par Le Pen.

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