• ROJAVA : Pour le droit à l'autodétermination ! - Appel des femmes du Rojava

    ROJAVA : Pour le droit à l'autodétermination ! - Appel des femmes du RojavaQu'est ce que le Rojava ? C'est le Kurdistan Syrien, situé au nord et nord-est de la Syrie, frontalier avec la Turquie. C'est une région autonome de fait, avec sa propre structure politique.

    Environ quarante millions de Kurdes vivent sur un territoire situé à cheval sur quatre pays : la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran. A la fin de la première guerre mondiale, l'empire Ottoman a été démembré par les puissances occidentales : Syrie, et Liban deviennent protectorat français, l'Irak et la Palestine entrent dans l'influence britannique. Le traité de Sèvres de 1920, en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, prévoyait un état Kurde. Cet état ne verra pas le jour et le traité de Lausanne de 1923 consacre l'inclusion de la plus grande partie du Kurdistan dans l'état turc.

    En Irak, le Kurdistan Irakien a proclamé son indépendance en septembre 2017, et a été aussitôt soumis aux attaques de l'Irak voulant reprendre la province de Kirkouk.

    Les Kurdes, qu'ils soient d'Irak ou de Syrie, ont payé un lourd tribut à la guerre contre Daesch. On se souvient de la bataille de Kobané entre septembre 2014 et juin 2015. Soutenus militairement par les Etats-Unis et l'Europe, ils étaient majoritaires dans les Forces Démocratiques Syriennes qui ont repris Rakka, tandis que les Peshmergas (kurdes irakiens) participaient à la reprise de Mossoul.

    Système Politique du Rojava.

    ROJAVA : Pour le droit à l'autodétermination ! - Appel des femmes du RojavaLe système politique est inspiré par le confédéralisme démocratique théorisé par Abdullah Öcalan, le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) emprisonné à vie en Turquie. Les cantons de Djézireh, de Kobané et d’Afrin se sont dotés d’une structure administrative fédérale regroupant les délégués des « conseils populaires », élus par les assemblées de communes. La fédération est chargée des commissions pour la défense, la santé, l’éducation, le travail et les affaires sociales. En janvier 2014, le Rojava s'est doté d'un "Contrat social", qui fait office de constitution. Celui-ci « rejette le nationalisme et prône une société égalitaire, paritaire, respectueuse des droits des minorités. ». Les femmes du Rojava jouent un grand rôle dans tous les domaines. On a vu qu'elles étaient nombreuses parmi les combattant-e-s, à tous les postes, y compris les postes de commandement.

    L'invasion turque

    Il y a dix jours, les forces armées turques ont envahi l'enclave d'Afrin (tout à l'ouest du Rojava), au motif que pour elles, les Kurdes seraient des terroristes. Les puissances occidentales ont protesté très mollement, engageant la Turquie à "la modération". Il faut noter l'hypocrisie : tant que les forces kurdes ont été utiles dans le combat contre Daesch, elles étaient considérées comme "fréquentables". Maintenant qu'elles ont éradiqué le terrorisme islamiste dans la région, elle deviennent elles-mêmes terroristes !

    Bien entendu, de telles accusations de la part de la dictature d'Erdogan ne tiennent pas debout. De plus, la Turquie ne se serait pas lancée dans cette attaque sans l'aval des autres puissances (la Turquie fait aussi partie de l'Otan !), y compris l'accord au moins tacite de Bachar Al-Assad.

    La situation est complexe, et les arrangements entre puissances peuvent être décryptés comme suit :

    • ·         La Turquie n'est pas intéressée par des gains de territoire. Ce qui lui importe, c'est de détruire ce qu'elle appelle le "terrorisme kurde".
    • ·        Bachar Al-Assad ne voit donc pas l'agression turque comme une menace territoriale, et, malgré des protestations de façade, laisse d'autant plus faire que cette attaque dégarnit d'autres fronts.
    • ·        En effet, certaines milices de l'Armée Syrienne Libre (ASL) se sont mises au service de la Turquie. Il faut savoir que l'ASL, unifiée dans son combat contre Daesch, est très composite, formée aussi bien de régiments laïcs désireux de fonder en Syrie une république sociale, et donc s'opposant autant à Bachar qu'à Daesch ou aux turcs, que de milices islamistes dont le seul combat était contre Daesch. Attachées à l'intégrité territoriale, et donc opposées à un Rojava indépendant, dépendantes des subsides turcs, ce sont ces dernières qui ont quitté Idleb, au sud-ouest d'Alep, avec 25 000 combattants, pour aller combattre les kurdes à Afrin, laissant de ce fait les civils d'Idleb désemparés à la merci de Bachar Al-Assad.

     

    De cette situation, il ressort deux choses:

    1.   ce sont toujours les civils qui payent le prix fort, quelle que soit leur nationalité.

    2.    tant les puissances occidentales que les Russes ou Bachar Al-Assad voient d'un mauvais œil l'instauration d'un deuxième état kurde dont les structures sociales avancées risqueraient de donner de mauvaises idées aux populations du Moyen-Orient

    Malgré cette situation complexe, une chose est sûre : comme en 1920 au moment du traité de Sèvres, les peuples ont toujours le droit de disposer d'eux-mêmes. Le peuple kurde a une longue histoire, et donc l'autodétermination du Rojava est un droit. Le peuple Syrien doit également pouvoir choisir librement son avenir : les troupes étrangères, quelles qu'elles soient, doivent quitter les sols Syriens et Kurdes.

    Il y a quelques jours, les femmes du Kurdistan ont lancé un appel, pour mobiliser l'opinion à la défense du Rojava, de sa société nouvelle, égalitaire et non patriarcale. Elles appellent les femmes et les hommes du monde entier à le signer. Voici le texte de cet appel :

    SOLIDARITE AVEC LES FEMMES DU ROJAVA

    L’État turc bombarde et menace de raser Afrin.

    Cette attaque fait des morts par dizaines de civils, majoritairement des femmes et des enfants. Afrin est une zone relativement sûre dans la région depuis longtemps et a accueilli des centaines de milliers de réfugiés arabes notamment d’Alep.

    Le peuple du Rojava construit une société nouvelle, dans laquelle les différentes ethnies qui y vivent s’organisent avec leurs identités dans un système démocratique, féministe, écologique.

    Cette agression a un but destructeur qui vise aussi la révolution des femmes du Rojava qui ne se soumettent plus à un régime patriarcal et ont le courage de construire une société de liberté pour elles-mêmes et donc pour tous.

    Ceci est insupportable à Erdogan qui craint une contamination dans le Moyen-Orient et au-delà, le Rojava est un exemple de libération des femmes qui ébranle l’idée d’Etats au service du nationalisme, du capitalisme et de l’extrémisme religieux, qui s’appuient tous sur la domination des femmes.

    Nous exigeons l’arrêt immédiat des bombardements et de l‘invasion d’Afrin, qui sont contraires au droit international. Pour cela nous demandons une position ferme de l’ONU, de l’UE et des gouvernements des pays impliqués dans la coalition : Russie, France, USA, Royaume Uni. Ils doivent faire pression sur la Turquie pour qu’elle cesse cette agression et retire ses troupes de Syrie.

    Nous vous appelons à faire circuler cet appel et à faire connaître la construction de cette société qui dit “Oui, c’est possible de vivre en êtres humains libres, égaux, respectueux de la nature, et pour ce faire, le féminisme est un moyen indispensable”.

    Envoyez vos signatures à l’adresse : kurdish.women.movement@gmail.com

    ROJAVA : Pour le droit à l'autodétermination ! - Appel des femmes du Rojava

    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :