• Pouce ! Si on arrêtait de jouer ?

    Si on arrêtait de jouer ? Pouce !On ne va pas épiloguer sur les causes du vote Rassemblement National aux élections européennes. Tout le monde sait que ce vote est désormais - et malheureusement - ancré majoritairement dans l'électorat populaire. Il n'y a qu'à regarder les départements, les villes, les quartiers dans lequel il fait ses plus hauts scores. Ce n'est d'ailleurs pas le thème de l'immigration qui semble primer, mais tout simplement le dégoût de tous ceux et toutes celles qui nous ont trahi pendant tous les quinquennats successifs. "on n'a jamais essayé" est ce que l'on entend le plus souvent dans la bouche des électeurs-trices de ce parti. Argument simpliste, à la hauteur du programme. 

    Le score d'EELV n'a rien d'étonnant et il était prévisible. L'écologie est une préoccupation actuelle, on le voit avec les mobilisations pour le climat. Avec Yannick Jadot, EELV a quitté le champ de l'écologie politique et semble penser que l'on peut traiter les problèmes écologiques dans le cadre d'un système capitaliste. Bien entendu, c'est impossible car le capitalisme a besoin de détruire la planète : c'est là que l'on trouve les matières premières pour produire, produire des cochonneries, toujours plus, au nom de la Sainte Croissance. Mais enlever la partie "rouge" nécessaire au "vert" permet à EELV d'attirer de manière trans-partisane. Nous leur souhaitons bonne chance.

    Quelques mots sur le PS, que l'on aurait tort d'enterrer trop vite. Certes, le PS a perdu de nombreux-euses cadres et militant-e-s, car un parti qui n'est plus au pouvoir et qui n'a pas vocation à y revenir de sitôt n'attire plus les carriéristes. Mais il conserve un électorat, sincère lui, attaché aux idées sociales démocrates. Même si nous savons que ces idées ne sont qu'illusions, ne pas s'adresser à cet électorat et faire comme s'il avait disparu avec la direction de son parti a été une erreur. Il faudra en tenir compte lors des prochaines élections.

    Les votes des Gilets Jaunes, ont dû se répartir exactement comme dans le reste de la population, sauf évidemment le vote Macron ! On peut malheureusement penser que la haine - justifiée - de notre actuel Président, les idées simplistes mais répandues que le "Frexit" arrangerait les conditions de vie des plus démuni-e-s, le tout conjugué aux appels à un "référendum anti-Macron" ont plutôt fait basculer leur vote vers l'extrême droite que vers le France Insoumise.

    Quant à l'abstention, moins forte que prévue, il est vain d'en tirer des analyses qui seraient toutes aussi fausses les unes que les autres. Le temps est loin où nous pouvions dire "l'abstention est populaire donc de gauche". Aujourd'hui, c'est faux, nous l'avons dit plus haut.

    Et la Gauche dans tout ça ?

    Ce qui nous intéresse le plus ici, ce sont les scores de France Insoumise, et du PCF, tous les deux bien inférieurs aux espoirs des un-e-s et des autres. C'est une défaite, incontestable.

    Cette défaite vient de loin et autant le PCF que France Insoumise y ont leur part de responsabilité.

    A l'époque pas si lointaine du Front de Gauche, c'est le PCF qui a démarré la machine à perdre, en voulant tout régenter au prétexte qu'il était le parti majoritaire, en refusant d'ouvrir le Front de Gauche aux citoyen-ne-s non encarté-e-s dans un parti, en refusant d'en faire autre chose qu'un cartel d'organisations. Et pour finir, le coup de grâce qui a signé la mort du FdG : les alliances à géométrie variable au moment des municipales lorsque Ian Brossat (hé oui) a brusquement tourné le dos à la liste commune PG, PCF, Ensemble ! pour allier s'allier dès le premier tour avec Hidalgo. Cette volte-face fut immédiatement suivie par d'autres, en particulier à Rouen.

    Quant à France Insoumise, la preuve est faite qu'elle ne sera pas l'unique creuset d'une recomposition à Gauche, creuset dans lequel tout le monde devait se fondre en s'alignant derrière le tribun et le programme. Beaucoup y ont cru, et la désillusion n'en est que plus grande aujourd'hui. Cette campagne pour les élections européennes a vu une exacerbation des tensions entre FI et le PCF. Comment accepter par exemple les paroles d'un Mélenchon à l'Assemblée Nationale qui, lorsqu'il critiquait à juste titre la répartition scandaleuse des temps de paroles dans les média, s'adresse aux députés PCF en leur disant "vous, vous n'avez que 8 minutes. Au moins vous ne nous saoulerez pas". Inadmissible, à moins que ce soit de l'humour, lourd comme le personnage.

    On a beau avoir le meilleur programme du monde, et l'Avenir en commun est globalement un bon programme, la preuve est faite que les slogans simplistes comme "Dites Manon à Macron", les références constantes au "peuple" en niant l'existence des classes sociales, toutes ces négations de décennies d'analyse sociale et politique ne font pas recette. Le "peuple" a effectivement dit "Non" à Macron, mais pas dans le sens que nous aurions aimé. Le slogan que nous pouvions voir derrière Marine Le Pen hier sur nos écrans de télé était "Victoire du peuple". Tout un programme !

    France Insoumise paye également sa prétention à avoir voulu réinventer le fil à couper le beurre, en faisant fi des expériences des "vieux et vieilles" militant-e-s, expériences affublées du joli qualificatif à peine méprisant de "vieilles tambouilles". En prétendant faire du neuf, FI n'a refait (dans les grandes lignes) que ce que les anciennes générations du PCF et d'autres faisaient : porte-à-porte (connu depuis avant la guerre !), affiches, tracts. Quoi de neuf ?

    Le score de Mélenchon à la présidentielle était plein d'espoir, mais il ne faut pas oublier qu'en mai 2017, nous étions tous et toutes derrière lui : FI, PCF, Ensemble !... C'était une campagne unitaire. Hélas, dès les législatives, à cause des méthodes de financement des partis politiques, chacun est reparti dans son côté, malgré nos exhortations à l'unité. Le score divisé par deux aurait dû être un avertissement.

    Le score d'hier est la preuve que la désunion à Gauche, personne n'en veut. Nous avons été nombreux-euses, à aller mettre un bulletin dans l'urne sans conviction, sans élan.

    Et maintenant, on continue comme ça ?

    Maintenant, on arrête de jouer. On arrête les bagarres de cour d'école ! L'avenir, la vie de nos concitoyen-ne-s n'est pas un jeu !

    Mélenchon lui-même a bien vu qu'il y avait un souci, sa proposition de "Fédération  du peuple", sa redécouverte très tardive de "L'internationale" à la fin des meetings sont des tentatives de redresser la barre, de revenir aux fondamentaux, de sortir d'un populisme de gauche mortifère.

    Il faut, en attendant mieux, revenir aux "vieilles tambouilles" et s'assoir autour d'une table : FI, PCF, Ensemble ! , GDS, Generation-s, NPA, POI... Tout ce que la gauche radicale compte comme mouvements, partis ou associations. C'est au prix de l'unité que la Gauche se relèvera. Car elle n'est pas morte ! Si FI et le PCF s'étaient entendus pour ces élections européennes, on peut penser qu'ils auraient fait un meilleur score qu'une simple addition de leurs scores, et il y aurait demain 9 député-e-s de gauche au lieu de 6 au parlement européen. Misère des petites combines d'appareil !

    Les prochaines élections municipales devront être unitaires, partout. Il faut donc dès maintenant les préparer, mettre de côté les querelles d'égo, refonder un programme avec les citoyen-en-s, un programme anti-libéral clair, un programme de classe contre classe, et non peuple contre élites.

    Au boulot !  Ensemble ! , qui se bat depuis toujours pour l'unité est disponible pour la mettre en œuvre.

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  • Commentaires

    1
    lallemand
    Lundi 27 Mai à 15:37

    Je trouve intéressant que les résultats de la gauche soient aussi faibles. Ainsi, personne ne pourra prétendre à l'"hégémonie"  sur les autres partenaires pour les municipales à moins de vouloir jouer sur le classement (c'est moi le  1er!).

    Il manque dans la liste des organisations à mettre autour d'une table …. EELV qui va sans doute se sentir pousser des ailes de goëland havrais

    Allez, boujou bien

    2
    Mel Amar
    Lundi 27 Mai à 17:03

    Très bien Gilles. Il faut frapper le fer quand il est chaud. Le peuple de gauche en a marre des divisions de boutiques et d'egos, et le peuple tout entier attend une vraie alternative à Macron-Le Pen.

    Les municipales arrivent: on peut déjà s'unir pour faire des choses concrètes. Ce sera un pas vers la reconstruction.

    EELV: tu dis: "asseoir autour d'une table : FI, PCF, Ensemble ! , GDS, Generation-s, NPA, POI... " D'accord, mais aussi EELV ou tout courant écologiste prêt à discuter. La ligne du capitalisme vert n'est pas tenable et beaucoup d'écolos le savent. Il faut transformer le système en profondeur ce qui suppose d'éliminer le capitalisme pour revenir à une société écologique. Ce n'est pas les écologiste seuls qui vont arriver à éliminer le capitalisme, ou à construire des bases alternatives pour préparer son élimination: ils ont besoin d'une alliance avec la gauche anti-libérale.

    Il va y avoir toute une gamme d'unités différentes, chacune utile dans son domaine:

    - unité d'action la plus large, humaniste, ponctuelle contre les lanceurs de balle de désencerclement, contre les attaques contre les musulmans ou les juifs, par exemple

    - unité d'action des partisans de la défense des salariés et de l'environnement, pour des luttes plus longues, sociales, écologiques, démocratiques et même électorales, comme les intersyndicales et les comités de soutien

    - unité dans un front uni de gouvernement autour d'un programme anti-libéral de transformation de la société, comme l'avenir en commun

    - unité des révolutionnaires pour animer et proposer cette transformation de la société

    Pour chacune de ces formes d'union, il faut trouver le maximum de partenaires et la formule d'emboîtement avec les autres et de fonctionnement appropriée.

    Le PS propose de s'unir avec EELV, Générations, éventuellement le PCF et des déçus de LREM, pour faire quelque chose d'un peu plus à gauche que Macron. Il faudra lui répondre avec un large front anti-libéral : les 2,5 % du PCF, les 3,2 % de Générations, les 6,3% de LFI, l'extrême gauche, les mouvements sociaux et écologiques, sont des points d'appui pour ce combat. Peut-être aussi des courants dissidents des verts.

    Oui, il faut renoncer aux tentations hégémonistes quand, dans une élection, au gré de l'actualité, on a plus de voix que les autres: tout le monde compte, chacun avec ses forces et ses faiblesses.

     

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