• Wilfrid PasquetNotre camarade Wilfrid PASQUET s'est éteint le 2 mars 2018.

    J'ai connu Wilfrid lorsque j'ai commencé à militer aux "comités rouges" (qui regroupaient les sympathisants de la LCR), en 1976. Il était déjà militant depuis plusieurs années, puisqu'il avait adhéré à la Ligue Communiste alors qu'il était étudiant à Rouen et surveillant au CET "Les Vikings", au tout début des années 70. De neuf ans mon aîné, il m'avait alors impressionné, par sa culture politique et son histoire militante. Etre militant trotskyste chez les dockers n'était pas de tout repos ! Même en tant que fils de docker.

    Cette période, avec  tous les combats qu'il a menés au sein du syndicat pour tenter d'en démocratiser le fonctionnement et tous les coups - au physique comme au moral - qu'il avait pris à cette occasion, l'avait beaucoup marqué, au point qu'il en parlait encore souvent.

    Né avec la guerre du Vietnam, il avait l'internationalisme chevillé au corps et dans le cadre de son activité professionnelle, il avait eu des contacts avec des militants de l'IRA.

    En 1973, alors membre de la direction de ville de la LCR, il est présenté comme candidat aux élections législatives de mars, sur la circonscription Harfleur-Havre Est - Caucriauville.

    Il quittera la LCR en 1980, puis y militera à nouveau quelques temps à partir de 1998. A la même époque, il participe à la fondation d'Attac dont il sera l'un des dirigeants nationaux, membre du conseil d'administration.

    Il participe en 2005 à la magnifique campagne unitaire pour le "Non" au traité constitutionnel européen, puis milite au sein des Comités Unitaires Anti-Libéraux (CUAL), directement nés de cette campagne, pour une candidature unique aux présidentielles de 2007.  Avec Attac, il sera l'un des artisans du grand meeting unitaire qui eut lieu au gymnase Navalis lors de la grandWilfrid Pasquete grève contre la réforme des retraites de 2010. Ce meeting, resté dans les mémoires, a regroupé au Havre tout ce que la gauche de combat comptait d'orateurs et d'oratrices, dont notre camarade Clémentine Autain, et a durablement marqué l'image de la ville comme "Le Havre de Grève".

    En 2011, il rejoint la Gauche Anticapitaliste, regroupant les 40% de militants qui venaient de rompre avec le NPA, et c'est tout naturellement qu'il participera dès le début à la construction du "regroupement" (FASE, les Alternatifs, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire, Convergences et Alternative) qui deviendra Ensemble ! en novembre 2013. C'est là que nous nous sommes retrouvés, 33 ans plus tard, mais sans jamais nous être perdus de vue car il était toujours présent dans tous les combats, dont celui pour la Palestine car il était également membre de l'AFPS. Encore sa fibre internationaliste. Il s' était d'ailleurs rendu en Palestine il y a deux ans avec trois autres camarades et amis très investis et qu'il connaissait bien : René Lemâtre, Jean-Philippe Ternon et Bernard Pellegrin.

    Le syndicat des Dockers, avec lequel Wilfrid entretenait des rapports plus que tendus, fera un lobbying scandaleux pour qu'il ne puisse pas être sur la liste commune PCF - Parti de Gauche -Ensemble ! aux municipales de 2014. Mais en tant que militant d'Ensemble ! il sera suppléant dans le canton du Havre 5, lors des cantonales de 2015, au titre des candidatures communes PCF, Nouvelle Donne, EELV, Ensemble ! à l'échelle du département.

    Dernièrement, il s'était également investi dans le Groupe d'Appui Université-Danton de France Insoumise. Il était content d'y militer car il y retrouvait "des jeunes" !

    Les blessures de son passé et son caractère entier ne le portaient pas naturellement au compromis. Il était sans compromission avec ses ennemis. Le reniement et la trahison étaient ce qu'il détestait par-dessus tout. Mais sa fidélité à la cause ouvrière et à ses combats, rarement vainqueurs et toujours difficiles, était sans faille.

    Wilfrid, tous tes camarades d'Ensemble ! du Havre, de Rouen et d'ailleurs(1) sont de tout cœur avec Nicole, ta compagne, et tes enfants, dans ce moment difficile où tu vas leur manquer, comme tu nous manques déjà.

    Au nom de tous et toutes,

    Gilles

     

    (1) Ingrid Hayes, dirigeante d'Ensemble ! , nous a adressé un message au nom de son amitié pour Wilfrid.

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  • Bernard LelièvreBernard est décédé le 19 février à l'âge de 82 ans. Il n'était pas militant ni adhérent d'Ensemble ! mais il était, depuis très longtemps, un infatigable militant du mouvement ouvrier. En cela, il était des nôtres.

    né en 1935, il fait partie de cette génération pour laquelle la fréquentation de l'école a été sporadique, à cause de la guerre. Il était donc devenu ingénieur thermicien de manière autodidacte.

    Né de mère juive non pratiquante, sa famille frôle de peu la déportation,  car le curé de Fréville, près d'Yvetot, où sa famille avait trouvé refuge après avoir quitté Le Havre, veut les dénoncer : ils ne vont pas à la messe ! C'est le maire de Fréville, aidé par le curé de Blacqueville, village voisin, qui parviennent à stopper la délation.

    Appelé lors de la guerre d'Algérie alors qu'il est déjà membre des Jeunesses Communistes, il ne portera jamais une arme car il est affecté dans l'administration. Il prend langue clandestinement avec le chef Algérien afin d'épargner des combats fratricides, tant aux appelés de son camp, qu'aux combattants indépendantistes algériens. Il retrouvera bien plus tard, sur un chantier de construction du Pays de Caux, le fils de ce chef algérien qui se fera connaitre. Retrouvailles improbables qu'il n'oubliera jamais.

    Bernard a été membre du Parti Communiste, dont il fut l'un des animateurs (secrétaire de section du Havre Nord-Est, puis de Caucriauville, dans les années 70), puis du Parti Socialiste, dont il fut de fait exclu en 2005, pour avoir opté pour le "Non" au Traité Constitutionnel Européen. Nous avons à l'époque collé des affiches et distribué des tracts ensemble. Il me disait s'être retrouvé à la porte du local du PS, les  dirigeants (pro "Oui") en ayant changé les serrures.

    Puis, convaincu par le programme de Mélenchon lors des élections européennes de 2009, il adhère au Parti de Gauche, puis tout naturellement à France Insoumise.

    Militant politique, pacifiste, il fut aussi militant écologiste, s'opposant à toutes les formes d'énergie polluantes en apportant dans le débat ses connaissances d'ingénieur thermicien. Récemment, il fut le fer de lance de l'opposition à la central à bois, forte émettrice de particules fines. Il fut aussi membre de l'UFC "Que Choisir".

    Nous n'avons pas toujours été d'accord sur tout, car, comme beaucoup de militants ayant connu le PCF de l'époque stalinienne, il se méfiait des partis, de la forme même "parti". Nous n'étions donc pas toujours d'accord sur les formes que devait prendre une nécessaire recomposition  du mouvement ouvrier à gauche. Mais les discussions, parfois vives, étaient toujours empreintes de respect mutuel.

    Cet hommage à un militant ouvrier est en grande partie repris des discours émouvants lus par Claudine, qui partagea sa vie pendant 53 ans, et son "grand" frère Jacques lors de la cérémonie d'hier. Elle et il voudront bien me pardonner d'avoir repris des faits que j'aurais été bien en peine de connaître. Ces faits m'ont appris à mieux connaitre Bernard, qui, toujours discret, ne nous parlait pas de son passé.

    pour Ensemble ! le Havre, Gilles

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  • Claude "Gabriel" JacquinSale temps pour nos anciens. Trois jours après Maya, c'est Claude Jacquin, que beaucoup d'entre nous connaissaient sous le pseudonyme de Gabriel, qui s'est éteint dans la nuit du 16 au 17 avril.

    Ci-dessous, l'hommage écrit par Pierre Rousset sur le site "Europe solidaire sans frontières :

    "Nombre d’entre nous le connaissions depuis longtemps sous son nom de plume, Claude Gabriel. Né Jacquin en septembre 1947, il s’est éteint dans la nuit du 16 au 17 avril. Depuis une décennie, il était atteint d’un cancer qui s’est avéré incurable. Le mal le réduisait parfois au silence, mais dès que possible, il reprenait le fil de ses engagements, continuant à faciliter les relations militantes entre l’Afrique du Sud et la France, analysant l’actualité, menant un débat tenace pour que la gauche radicale intègre les réalités présentes. Jamais, avant la fin, la maladie n’a pu le forcer à l’abandon.

    Membre en France de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), il a intégré dans les années 1980-1990 la direction de la Quatrième Internationale. Il est resté dans nos mémoires avant tout pour les liens qu’il a tissés en Afrique subsaharienne et dans le lancement de la publication Afriques en lutte. Il a cependant, pendant cette période, également suivi le travail jeune et les activités des sections de la QI en Europe occidentale – ainsi que contribué aux sessions de formation organisées à l’Institut d’Amsterdam (IIRE), où se retrouvaient trois mois durant des militantes et militants venus de divers continents.

    Riche d’une expérience polyvalente, Claude fait partie des membres de notre génération qui ont maintenu leurs engagements initiaux, tout en cherchant sans cesse à repenser les conditions changeantes de l’action. Sans perdre des yeux l’Afrique, il s’est « recentré » sur la France et l’Europe en intégrant le Groupe Apex-Isast, « au service des élus, des comités d’entreprises et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ». Son activité professionnelle lui a permis d’acquérir une connaissance en profondeur des évolutions de nos sociétés et, notamment, du tissu industriel à l’heure de la mondialisation. Claude avait pour constant souci de faire partager cette connaissance, notamment avec des courants radicaux investis sur le terrain syndical, discutant mots d’ordre et perspectives ; il a malheureusement reçu moins de réponses à ses invites au débat que les questions abordées ne le méritaient.

    Claude a participé à la fondation du NPA, puis l’a quitté avec la Gauche anticapitaliste quand elle a rejoint le Front de Gauche. Toujours « quartiste », il était membre d’Ensemble !, la « troisième composante » du FdG.

    Sans chercher à s’imposer, ces dernières années en particulier Claude avait pour ambition d’aider – par le débat, mais aussi en provoquant des rencontres entre mouvements, entre personnes. Nous nous étions au fil des années un peu perdus de vue – quand nous avons renoué, c’était d’emblée en amis. Des amis, il s’en est fait et de très proches, comme en témoignent les premiers messages venus d’Afrique du Sud, peu après son décès. Mercia se rappelle qu’elle l’a pour la première fois attendu à l’aéroport de Cape Town il y a 34 ans de cela. Elle se sent « dévastée » par l’annonce de sa mort, tant il a non seulement été proche de la famille (y compris du chien Sandy), mais à « profondément marqué » sa« conscience et son militantisme politique ». Pour Brian aussi, compagnon de Mercia, Claude a eu « la plus grande influence politique dans [sa] vie ». « Il a tant donné sans rien attendre pour lui même. Il voulait seulement aider ».

    En un jour déjà, des manifestations de solidarité et de tristesse sont arrivées d’Afrique du Sud, du Sénégal, d’Inde, de Pologne, d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de Suisse, de Belgique… Claude était un internationaliste. L’hommage à sa personne et à son engagement ne peut qu’être international.

    Avec une pensée pour sa compagne, Sylvie, qui l’a accompagné durant sa maladie"

    Vous pouvez encore visiter son blog sur notre site national.

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  • Maya Surduts, infatigable militante des droits des femmes."Les nôtres"...Nous n'aurions pas pensé devoir ouvrir une telle rubrique sur ce blog, mais la disparition de Maya Surduts ne pouvait, ne devait pas passer inaperçue, après tant d'années passées au service des droits des femmes, et de la lutte politique en général.

    Ci-dessous, nous relayons le communiqué national d'Ensemble ! :

    Elle était Maya pour nous toutes (et tous), infatigable militante du droit des femmes, battant le pavé, ne ratant jamais une réunion, un meeting, une manifestation, fiévreuse et passionnée, de sa belle voix de contralto, elle fustigeait ses “adversaires”, refusait toutes les compromissions, adorait discuter pendant des heures...

    La mort habille mal les militant-e-s. Elle va plus mal encore à notre amie Maya Surduts, de son vrai prénom “Merija”, juive et Lettonne, réfugiée, révolutionnaire, féministe.

    Son aventure militante commença à Cuba dans les années soixante. Elle y resta 7 ou 8 ans avant de se faire virer par le régime Castriste qui la trouvait fort contestataire. Elle entra alors à Révolution!, organisation des années soixante dix, et au MLAC, Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception. Elle en fut très rapidement une figure emblématique, un modèle pour beaucoup d’entre nous, à l’heure où nombre de femmes mouraient encore d’avoir voulu choisir leur vie. Inoubliable période qui se termina par une victoire et scella pour toujours ce sentiment nouveau qui nous remplissait d’ivresse et de fierté : ensemble, nous étions fortes, différentes, nous changions la vie.

    Le féminisme alors chevillé au corps à partir de cette expérience forte et historique, Maya ne quitta jamais son combat, à la LCR pendant de très nombreuses années, à la Gauche Unitaire puis à Ensemble ! et surtout à la CADAC et au Collectif National des droits de Femmes.

    Image inoubliable de femme, belle, rebelle, indépendante et volontaire, qui puisait ses racines loin, dans cet entre deux-guerre, de persécutions contre les juifs et les communistes, elle avait construit sa pensée politique dans les guerres d’indépendances anti-colonialistes et anti-impérialistes, et avait parcouru toutes les aventures militantes des années soixante-dix à nos jours. Maya n’aura jamais posé ses valises.

    Elle nous laisse des milliers de souvenirs, belle silhouette de femme énergique que rien, ni personne n’intimidait, qui put paraitre austère du fait de son intransigeante passion, mais dont nous connaissions aussi la grande tendresse de l’amitié entre femmes qui partageaient les mêmes idées, l’humour des moments de joie et de rires, la générosité de cette superbe ainée,qui força bien souvent notre admiration.

    Adieu Maya.
    Impossible d’imaginer que tu ne seras pas à la prochaine manif.
    Au moins dans nos pensées.

    Cet hymne la symbolise si bien :

    Le temps de la colère, les femmes
    Notre temps, est arrivé
    Connaissons notre force, les femmes
    Découvrons-nous des milliers !

    Le 13 avril 2016.

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