• Jules Masurier, ancien maire du Havre et négrier

    Jules Masurier, honoré en tant que Maire, a donné son nom à une rue qui borde l’un des lycées de notre ville. Pourtant, Jules Masurier a été compromis dans un scandale touchant la traite et l’esclavage, depuis reconnu par la loi française comme un crime contre l’humanité.

     

    La traite des esclaves enrichit la bourgeoisie havraise

    La traite des « nègres » a constitué pour les grands armateurs du Havre un commerce très fructueux, « le vrai et le meilleur commerce » selon les mots de l’un deux, qui rapportait de gros bénéfices. Le nombre des victimes concernées par le négoce havrais est estimé à 90.000 personnes.

    En 1818, la traite est désormais interdite, mais l’esclavage est maintenu dans les colonies jusqu’en 1848 (et dans les faits il survit longtemps à son abolition puisque le trafic clandestin perdure au moins jusqu’en 1865 au Havre). Sur les papiers officiels, la cargaison est camouflée sous les noms de « bois d’ébène », de « mulets » ou de « ballots ». Les risques liés à la traite clandestine sont plus élevés, mais les bénéfices sont augmenté d’autant.

    Les réalités de la traite

    Les conditions de la traite sont devenues encore plus inhumaines suite à son interdiction. Les navires sont de petite taille et l’entassement y est porté à son maximum, les esclaves sont fixés au plancher par des fers. L’hygiène est inexistante, les maladies se répandent et une partie non négligeable de ces hommes et femmes sont jetés à la mer (ou se jettent eux-mêmes à l’eau de désespoir, quand ils le peuvent) avant l’arrivée.

    L’affaire Jules Masurier

    L'affaire Jules Masurier est emblématique de ce commerce odieux. En 1860, un navire lui appartenant vend à Cuba 607 africains sur les 850 embarqués -les autres ayant été jetés à la mer-, et brûle ensuite son navire, en vue d'une escroquerie à l'assurance.

    L'affaire fut découverte, l'armateur "prête-nom" et l'équipage passèrent en Cour d’Assise, pour baraterie et traite des noirs, mais les juges firent preuve de la plus grande mansuétude en acquittant tous les inculpés. Jules Masurier dut tout de même démissionner de la Chambre de commerce du Havre, ce qui ne l'empêcha pas de devenir maire du Havre quelques années plus tard.

    En fait si les navires négriers cherchent à échapper sur mer aux marines anglaises et américaines, au Havre ce trafic se déroule sans être inquiété. C’est l’escroquerie, et non l’inhumanité de la traite, qui provoque le dépôt de plainte.

    Le peuple du Havre compatit aux souffrances des esclaves

    Si la bourgeoisie havraise fermait les yeux sur cette traite qu’elle ne désapprouvait pas, il n’en allait pas de même des classes populaires, que leur propre exploitation et leurs conditions de vie rendaient sensible au drame de la traite et de l’esclavage.

    Quand la « Case de l’Oncle Tom » est jouée au Grand Théâtre du Havre, labourgeoisie habituée des meilleures places boude la pièce, tandis que des rangs à bas prix, bien remplies, s’exprime la sympathie visà-visdes noirs, et la colère vis-à-vis des esclavagistes. .

    L’embarras des municipalités havraises de droite sur la question

    Quand la question de débaptiser les rues portant des noms de négriers a été posée sur la place publique en 2009, Antoine Rufenacht, maire de l’époque, s’est opposé à toute modification. Il a argumenté qu’il ne pouvait retirer le nom de Jules Masurier gravé dans la liste des maires dans l’Hôtel de Ville !

    Ce n’est pas ce que nous demandons. Jules Masurier a été effectivement maire de la ville du Havre et il n’est pas question de faire l’impasse sur un fait objectif. Mais justement, puisqu’il a été maire, il est d’autant plus important de reconnaître ce passé sombre du personnage et de cesser de le cautionner par une mention honorifique sur une plaque de rue située dans le patrimoine de l’UNESCO !

    Est-ce le rôle joué par les bénéfices de la traite dans la constitution de la bourgeoisie havraise qui est à l’origine de ce blocage ?

    En 2013, alors la Fondation du mémorial de la traite des Noirs interpellait les candidats aux municipales, Edouard Philippe proposait au Conseil municipal d’attribuer le nom d’Olympe de Gouges à l’une des rues de notre ville. Nous saluons cette initiative qui rend hommage à une féministe qui s’est engagée contre la traite et l’esclavage. Mais cela ne peut permettre à l’actuelle équipe municipale d’ignorer le scandale de la rue Jules Masurier.

    L’esclavage est toujours une réalité du 21ème siècle

    Nous sommes d’autant plus attachés à ce symbole que l’esclavage est une réalité qui perdure.

    Certes on ne va plus chercher les hommes et les femmes sur les côtes de l’Afrique mais les conditions faites à certains migrants clandestins –ou dont on confisque les papiers- permet de les traiter comme des esclaves modernes.

    La France n’est pas épargnée. Depuis le 15 mai 2013, nos députés ont inscrit ce crime dans le code pénal et l’ont défini comme « le fait d’exercer sur une personne les attributs du droit de propriété ou de maintenir une personne dans un état de sujétion continuelle en la contraignant à une prestation de travail ou sexuelle, ou la mendicité ou à toute prestation non rémunérée ».

    Faut-il apposer dans la rue Jules Masurier une plaque mentionnant l'implication de Jules Masurier
    dans cet odieux trafic et rendant hommage aux 90.000 personnes victimes de cette traite
    par l'intermédiaire de négociants havrais ?

    Faut-il débaptiser la rue et lui donner le nom de Nelson Mandela, combattant pour la liberté et l'égalité reconnu de tous ?

    Le conseil municipal doit se saisir de cette question !

    gravure parue en 1848

     

    Télécharger « Pétition pour le conseil municipal.pdf »

     

     


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