• Corse : la Gauche éliminée de l'Assemblée Territoriale

    Corse : la Gauche éliminée de l'Assemblée TerritorialeDimanche 3 décembre, en Corse, l’abstention a frisé les 48%. Un niveau jamais égalé pour des territoriales. C’est très préoccupant. Parmi les causes, il y a probablement le rejet de la politique politicienne, dans le désarroi et la désespérance qui règnent chez de nombreux insulaires, en particulier parmi les couches sociales les plus défavorisées.

    La liste " l’Avvene, a Corsica in cumunu " (L’avenir, la Corse en commun) était la seule liste de vraie gauche, soutenue par la Corse insoumise, le Parti communiste et Manca alternativa/Ensemble !. Elle avait un espace à conquérir. Elle se présentait avec un programme anti austérité, de rupture et de transformation sociale, économique et écologique. Elle n’y est pas parvenue. Elle n’a pas été entendue par les dizaines de milliers de Corses qui vivent dans la souffrance et la précarité. Elle est frappée par un très mauvais score à ces élections territoriales corses (5,68%) et n’aura donc aucun représentant au sein de l’Assemblée de Corse. C’est le scenario le plus mauvais qui vient de se produire.

    La liste "Pé a Corsica" (Pour la Corse, liste de Gilles Simeoni et de Jean-Guy Talamoni) est la grande gagnante du scrutin avec 45,36% des suffrages exprimés. Si on ajoute le résultat obtenu par Core in fronte (liste indépendantiste conduite par Paul-Félix Benedetti, U Rinnovu), la mouvance nationaliste dépasse les 52%.

    Les deux listes de la droite classique (Celle de Jean-Martin Mondoloni, droite régionaliste, celle de Valérie Bozzi, républicains) obtiennent respectivement 15 et 12,8%.  Celle de la République en marche vers le passé, 11,3%.

    Le Front national est réduit à 3,3%. C’est une excellente nouvelle, mais on doit s’interroger sur ce faible score, sachant que Marine Le Pen avait obtenu près de 28%, au premier tour de l’élection présidentielle ! Où sont donc passées ces voix et qui en a profité ? La question mérite d’être posée.

    La mouvance nationaliste et ses dirigeants ont su capter, au fil des années, un profond désir de changement, en particulier chez les jeunes, né en partie du sentiment que leur ile est négligée par l’Etat français, et de la revendication du droit du peuple corse à choisir lui-même sa destinée. Mais l’euphorie des élections passées, il n’est pas sûr que ces revendications permettront de régler les problèmes de fond qui secouent la Corse, à savoir, le chômage, la création d’emplois utiles, le logement social, la santé, la lutte contre la spéculation foncière et immobilière, l’affairisme, etc. La future majorité sera très vite confrontée à ces problèmes.

    C’est d’abord au peuple corse de chercher les enseignements de ce scrutin. Mais pour nous, à chaud, on peut dégager plusieurs causes. Il y a tout d’abord le rôle des media qui ont souvent occulté la présence de cette liste. Il y a les effets dévastateurs de la politique menée par François Hollande et par les pratiques des clans et autres dynasties durant des décennies. Il y a aussi les relations souvent exécrables entre Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants du Parti communiste. Il y a aussi, il faut l’avouer, l’absence de prise en compte dans le programme de la liste de la question nationale corse, de la reconnaissance des droits culturels et linguistiques, question pourtant centrale en Corse. L’unité des trois composantes de la vraie gauche était sans doute à ce prix. Etait-ce trop cher payer ?

    Enfin, il y a l’attitude à l’égard des insoumis de Corse du même Mélenchon qui n’a pas cessé d’écrire des tweets négatifs ; nous les jugeons regrettables. Cette attitude a sans doute dérouté de nombreux électeurs de gauche et coûté la qualification de la liste l’Avenir, la Corse en commun, pour le second tour des élections territoriales. Jean-Luc Mélenchon a privilégié la mouvance nationaliste au détriment de la majorité de ses partisans corses. Il récidive encore hier, dans un article  sur son blog : le « dégagisme » serait incarné par les trois députés autonomistes corses de l’assemblée nationale qui ont comme seul fait d’armes de s’être abstenus sur les ordonnances relatives à la loi travail de Macron ! Cette analyse, poussée à l’extrême, pourrait mener à de bien mauvaises surprises. Le « dégagisme » n’est pas un programme politique en soi ! Car une fois les uns dégagés, encore faut-il qu’ils ne soient pas remplacés par pire. Ce n’est pas la victoire de cette droite nationaliste  qui peut  assurer au peuple corse un renouveau social. Les mots de Jean Luc Mélenchon n’aideront pas la gauche anticapitaliste, sociale, écologiste et favorable aux droits des peuples, à se reconstruire en Corse.

    Corse : la Gauche éliminée de l'Assemblée TerritorialeNe pas soutenir les siens est une chose ; encenser les adversaires des siens en est une autre. Rappelons que Gilles Simeoni n’a pas hésité à faire une liste avec l’UMP Jean-Louis Milani, aux élections municipales de 2014 pour emporter la mairie de Bastia.

    Nous pensons que les débats entre les militants de gauche sont légitimes et ne méritent pas des tweets péremptoires taillés à la serpe ! Laissons cela à Donald Trump ! Cela ne peut que compliquer la tâche des insoumis-e-s qui partout en France et en Corse essayent de construire leur mouvement.


  • Commentaires

    1
    Mel Amar
    Mardi 5 Décembre 2017 à 17:18

    Sait-on quelle composante de l'alliance " l’Avvene, a Corsica in cumunu " (L’avenir, la Corse en commun) de la Corse insoumise, du Parti communiste et de Manca alternativa/Ensemble, s'est opposée à soutenir clairement dans le programme le droit à l'auto-détermination du peuple corse?

     

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