• Catalogne : l'autodétermination est un droit

    La région du Havre a une tradition de solidarité avec les peuples de l’État espagnol. Pendant la Guerre civile, entre 1936 et 1939, elle a envoyé des volontaires combattre le fascisme dans les Brigades internationales ou d’autres milices antifascistes ; les syndicats ont contribué des fonds à la solidarité ; un établissement a accueilli les enfants de combattants républicains, le port a été une escale importante de la Compagnie France-Navigation qui fournissait la République, puis l’agglomération a accueilli de nombreux réfugiés. Cette tradition nous interpelle aujourd’hui face à la répression des républicains et au développement de l’auto-organisation démocratique en Catalogne

    Catalogne : l'autodétermination est un droitLa Catalogne est indubitablement une nation, avec sa propre histoire, qui ne date pas d'hier. Elle devient un état à la fin du moyen-âge, avec ses institutions, son droit, sa langue, ses mouvements collectifs urbains et paysans . Elle est intégrée ensuite à l’Aragon, puis à l’union de la Castille et de l’Aragon qui s’intitulera Royaume d’Espagne. A la suite de la Guerre de Succession d’Espagne, les monarques Bourbons (venus de France) impose le centralisme espagnol par la force. Quand les Bourbons sont renversés en 1931, la Catalogne acquiert, non sans difficulté, un statut de république autonome.  La Généralité de Catalogne est présidée par Francesc Macià puis Lluis Companys, deux indépendantistes de gauche. La répression franquiste contre la Catalogne, sera féroce, et Lluis Companys, réfugié en Bretagne, sera livré à Franco par la Gestapo et exécuté.

    Pour assurer la continuité de son appareil d’Etat, Franco ordonne que la monarchie Bourbon soit rétablie après sa mort. Le nouveau roi Juan Carlos préside alors à la rédaction d’une nouvelle constitution qui accorde des droits au parlement (les Cortes) mais préserve la monarchie, l’armée, la police nationale, la justice et la fiscalité centralisée.  C’est dans ce cadre limité que la Généralité de Catalogne est rétablie en 1977. En 2006, elle obtient d’être considérée officiellement comme "réalité nationale", mais avec moins de droits que l’entité basque.

    L'autonomie du peuple catalan est donc un fait. En conséquence, son droit à décider de son propre sort est inaliénable.

    Face à cela, l'attitude du gouvernement espagnol est inacceptable. Peut-on tolérer qu'un membre éminent du Parti Populaire de Mariano Rajoy (Pablo Casado, en charge de la communication) menace Carles Puigdemont, le président de la Généralité, de "finir comme Lluis Companys" ? Que le gouvernement et l'armée se saisissent d'urnes et de bulletins de votes, brutalisent les manifestants pacifiques, menacent les maires qui ont organisé le référendum de représailles, emprisonnent deux dirigeants d'associations politiques catalanistes, Jordi Cuixart de Omnium Cultural et Jordi Sanchez de l’Assemblée nationale catalane-ANC ?

    Cela dit, et notre soutien acquis au peuple catalan et à ses dirigeants chaque fois qu'une atteinte sera portée à leurs droits, il est nécessaire de se poser d'autres questions : l'indépendance est-elle une bonne chose ? L'indépendance pour qui et pour quoi faire ?

    Il n'est pas anodin que des velléités d'indépendance ressurgissent actuellement en Europe, souvent en provenance de régions riches : Catalogne en Espagne, Ecosse en Grande-Bretagne, ou Flandre en Belgique. Chacun de ces mouvements a sa dynamique propre et ses composantes particulières. Même si nous pouvons avoir de la sympathie pour le peuple catalan, ou pour le peuple écossais, force est de constater que pour certains, le désir d'indépendance ressort plus d'un projet économique capitaliste.[i]

    Pour d’autres c’est refuser que le prélèvement sur les richesses régionales au profit de l’État central ne participe pas à un effort de solidarité, mais au renforcement d’une caste capitaliste. On peut comprendre que dans ces conditions, une région qui crache beaucoup au bassinet renâcle.

    Catalogne : l'autodétermination est un droitLe mouvement indépendantiste catalan n'est pas homogène : le nationalisme bourgeois catalan (Omnium Cultural et Assemblée national catalane) est plutôt anti-fasciste, de gauche, pro-européen, républicain, socio-libéral. Mais il est débordé par l’auto-organisation notamment les Comités de Défense du Référendum qui deviennent des Comités de Défense de la République, où militent des courants de la gauche radicale indépendantiste comme la CUP (Candidature unitaire populaire), des groupements de Podemos, y compris la tendance Anticapitalistas, et des associatifs comme la maire de Barcelone, Ada Colau, élue de Barcelona En Comú, une plate-forme de la gauche radicale municipale.

    Ce mouvement catalan est en lutte contre le gouvernement central de Madrid appuyé par les hautes sphères de l'armée, de la police, de la justice, du Ministère des Finances, des grandes banques, des grands industriels, mais aussi, non sans contradiction, par le PSOE, parti socialiste espagnol, et l'ensemble des gouvernements européens et par l'OTAN. 

    Dans l'immédiat, quatre réponses sont évidentes :

    - Le peuple catalan doit pouvoir décider de son avenir, que celui-ci nous plaise ou non. Tout comme le peuple écossais par ailleurs.

    - La mobilisation populaire, le référendum et l’auto-organisation sont des outils dont les autres peuples d’Europe peuvent se saisir pour défendre leurs droits sociaux contre l’offensive libérale.

    - La répression exercée par l'état espagnol est intolérable et il faudra sans doute nous tenir prêt à la mobilisation dans les semaines qui viennent si la situation venait à empirer.

    - Les peuples espagnol, basque et catalan ont les mêmes intérêts propres : lutter ensemble pour la démocratie, l’égalité entre les nations, pour une société juste et solidaire, contre le capitalisme. En cela, ils ont également les mêmes intérêts que tous les peuples d'Europe et du monde, asservis ou non à un Etat opprimant, mais en tous cas tous asservis au grand capital.

    photo du haut : la dernière photo de Lluis Companys, juste avant son exécution

     


    [i] Notons que sans aller jusqu'à des revendications d'indépendance, certaines régions françaises, face au désinvestissement de l'Etat, cherchent à pratiquer de la même manière : ne voit-on pas la région Normandie régionaliser les trains (privilégiant l'intérêt purement régional à l'intérêt collectif), la région Hauts-de-France qui veut régionaliser le futur projet inutile "canal Seine-Nord". Tout cela sur le thème : l'état est déficient, régionalisons et après nous le déluge ! Le canal Seine-Nord signerait l'arrêt de mort des ports du Havre et de Rouen ? Qu'à cela ne tienne, si la région Hauts-de-France y trouve son compte… Voilà où peuvent mener ce genre de raisonnements.

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  • Commentaires

    1
    M. El Amar
    Jeudi 19 Octobre 2017 à 18:00

    Le meilleur moyen pour que les nations aujourd'hui favorisées aident les nations aujourd'hui défavorisées est de les mettre toute sur un pied d'égalité: des nations indépendantes et souveraines pourraient alors se fédérer, conclure des accords d'échange égal et de solidarité. Vive la fraternité entre les peuples égaux.

    L'Allemagne nazie a occupé les Pays Bas, Etat généralement plus riche, en 1940, et a prélevé un surplus considérable. Les Néerlandais ont résisté vaillament contre ce pillage qui allait vers un Etat "plus pauvre", mais sans qu'il y ait un accord entre égaux, et, en plus dans ce cas là, comme dans le Royaume d'Espagne aujourd'hui, pour servir une politique de domination et un régime qui n'était pas du tout ou pas entièrement démocratique.

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