• 140 escales = 140 millions d’automobiles. Est-ce cela que nous voulons ?

    140 escales = 140 millions d’automobiles. Est-ce cela que nous voulons ?Dans le cadre des futures élections municipales, il est des questions que l’on doit se poser. La municipalité de droite s’enorgueillit de recevoir 140 escales de bateaux de croisières en 2018, c’est-à-dire 400 000 touristes, et voudrait mettre tout en œuvre pour en accueillir 1 million à l’horizon 2025, c’est-à-dire demain.

    Qu’est-ce qui peut motiver une municipalité de droite ?

    Si vous avez répondu le « pognon de dingue » que ça peut rapporter, vous avez tout bon ! Ces gens-là n’ont que des calculettes à la place du cerveau.

    Il n’est pas dans notre propos de porter un jugement sur l’intérêt d’une croisière. Chacun voit midi à sa porte. Rappelons quand même certains faits avérés :

    • Un bateau de croisière en escale, qui doit en permanence faire tourner ses machines pour fournir l’électricité à l’équipage et aux croisiéristes (air climatisé, piscines chauffées, patinoires) pollue autant qu’un million de voitures. Certaines compagnies ont fait des efforts dans ce sens et ne se propulsent plus au fuel mais au GNL (gaz naturel liquéfié), ce qui réduit la pollution, mais ne l’annule pas. 140 escales au Havre, c’est donc une pollution équivalente à 140 millions de véhicules. Les taux de particules fines sur les ponts des navires sont équivalentes à celles des villes les plus polluées au monde, Shangaï ou New-Dehli.

     

    • Un bateau de croisière en approche ou au départ met souvent en péril les fonds marins, la biodiversité, quand ce ne sont pas les paysages ou les villes eux-mêmes. L’exemple de Venise est connu. Il y a également celui du Groenland ou de l’arctique en général, déjà mis à mal par le réchauffement climatique : les croisiéristes proposent maintenant des « croisières expéditions » pour des destinations « aux confins des terres extrêmes », « loin des routes fréquentées », accessibles à toutes les bourses… Enfin, comptez quand même 17 200 euros par personne pour la version de base. En septembre, deux de ces croisières ont dû rebrousser chemin car il y avait trop de glace. On ne s’en plaindra pas. Mais M.PINAULT[1], propriétaire de la Compagnie du Ponant, ne s’avoue pas vaincu (c’est le propre des « winners » !) et la compagnie a commandé la construction du premier paquebot de croisière brise-glaces, le « Ponant Icebreaker » (photo ci-dessous) qui ira impunément commettre ses massacres dans l’arctique pour le seul bénéfice de quelques riches parasites millionnaires.

     

    • De l’aveu même des compagnies, la destination proposée n’est qu’un miroir aux alouettes, car ces compagnies n’ont aucun intérêt à ce que les touristes restent trop longtemps à terre, voire même descendent à terre, car elles font une grande partie de leur bénéfice sur les dépenses effectuées à bord.

     

    • Enfin, les croisières ne sont certes pas un lieu de brassage social, loin s’en faut ! On pouvait à juste titre critiquer les « classes » existant sur les anciens paquebots, mais au moins, les troisième et première classes, même si les conditions de voyage n’étaient pas les mêmes, naviguaient sur le même bateau. Une petite consolation ! Aujourd’hui, le simple prix de ces croisières suffit à faire un tri de classe. Pour les prolos, la petite croisière en méditerranée, pour les autres, Ushuaia (entre 8 700 € et 20 900 € par personne), ou une place sur le Ponant Icebreaker !

     

    Alors, quel est l’intérêt pour Le Havre ? Au final, aucun. Le touriste qui débarque au Havre, s’il ne monte pas directement dans le car pour aller à Paris, Honfleur ou Etretat, dépensera, d’après l’office de tourisme, 96 euros en ville. C’est ce que l’on appelle « une retombée économique », qui, selon d’autres sources serait par ailleurs très surévaluée. L’un ou l’une d’entre vous a-t-il ou elle déjà ressenti les bienfaits de ce ruissellement ? Non bien sûr. Lorsqu’on parle de retombée économique pour une ville, il faut comprendre « pour une certaine catégorie d’habitants » : En ce qui concerne les croisières, S'il y a des gagnants au Havre, ce ne peut être que les commerçants ou les entreprises de tourisme par autocar. Mais c’est le fonds de commerce (si nous pouvons nous permettre ce petit jeu de mots) de la droite qui a tout intérêt à les gâter. Cela ne peut d'ailleurs qu'encourager certains de ces artisans ou entreprises à mettre en œuvre le travail du dimanche, au détriment de leurs salarié-e-s. La ville basse du Havre a en effet été classée "zone touristique" à la demande du conseil municipal, et le travail dominical - que nous combattons - peut y être appliqué.

    Pour nous, les retombées, c’est encore et toujours la pollution car une électrification des quais – comme à Göteborg, en Suède - n’est pas envisagée pour l’instant : une étude de faisabilité est engagée, tout est dit ! C’est aussi l’argent de la CODAH investi dans l’agrandissement des terminaux et l’occupation de nouveaux hangars, afin de porter la capacité d’embarquement à plusieurs milliers de touristes par jour, alors que de nombreux secteurs sociaux attendent également des investissements : transports urbains et péri-urbains gratuits, crèches, écoles, centres de santé…

    Le Havre ville d’escale et de croisières pour riches, ville étape d’immeubles flottants et polluants, c’est un projet de société qui n’est pas le nôtre, à moins de les envisager autrement :

    Des croisières, pourquoi pas ? Mais sur des navires à taille humaine, réellement dédiés à la découverte des cultures des pays dans lesquels seront prévues les escales, et non dans ces immenses caissons uniquement dédiés à la consommation de loisirs « cheap » mais payés extrêmement chers à bord, qui donnent l’illusion au croisiériste qu’on s’occupe de lui alors qu’il n’est en fait qu’un portefeuille à vider.

    Des escales, pourquoi pas ? Mais pourquoi serait-ce à la ville - donc à nos impôts - ou à la CODAH, de payer pour électrifier les quais par exemple ? Les compagnies maritimes se font suffisamment de bénéfice, elles peuvent donc mettre la main à la poche pour réduire leurs émissions de CO2 et de particules fines. Elles peuvent également participer à l’électrification des quais, ce qui serait déjà un progrès. A condition bien sûr que l’électricité fournie ne soit pas fossile !

    C’est un sujet de société parmi d’autres, qui nous regardent tous et toutes, et que nous aimerions aborder pendant la campagne municipale. Nous sommes ouverts pour en discuter avec toute formation politique qui le voudra, avec tous les citoyens et citoyennes qui seront demandeurs/euses.

     



    [1] François Pinault, le milliardaire « géant » du luxe, que tout le monde connait…

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